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Droit des affaires

Société civile professionnelle (SCP) : guide complet

Comprendre la société civile professionnelle (SCP) : définition, fonctionnement, avantages, inconvénients et différences avec la SEL. Guide 2026 à jour.

Par Thibault Guerin Mis à jour le 11 minutes de lecture
Société civile professionnelle (SCP) : guide complet

La société civile professionnelle (SCP) reste une structure incontournable pour les membres de professions libérales réglementées souhaitant exercer ensemble sous une même entité juridique. Régie par la loi n° 66-879 du 29 novembre 1966 et ses décrets d'application, elle se distingue des sociétés commerciales sur un point fondamental : son objet est strictement civil, et son régime fiscal est transparent. Les arrêtés publiés au Journal officiel tout au long de 2026 (9 janvier, 31 mars, 21 avril, 26 mai notamment) le confirment : des SCP d'officiers publics ou ministériels sont encore créées et transformées chaque mois. Consulter un avocat avant tout choix de structure reste, dans tous les cas, indispensable.

Ce qu'il faut retenir

  • La société civile professionnelle (SCP) est réservée aux membres d'une même profession libérale réglementée, qui doivent tous exercer effectivement au sein de la structure (loi n° 66-879 du 29 novembre 1966).
  • Les associés d'une SCP sont indéfiniment responsables des dettes sociales sur leur patrimoine personnel : la Cour de cassation (3e civ., 12 mars 2026) a confirmé la condamnation solidaire d'un associé et de sa SCP à hauteur de 31 800 euros.
  • Les bénéfices de la SCP sont répartis librement par les statuts, sans obligation de proportionnalité avec les apports, et imposés à l'IR chez chaque associé (régime BNC).
  • La SCP se distingue de la SEL par une responsabilité illimitée et une fiscalité transparente, là où la SEL offre une responsabilité limitée aux apports et une imposition à l'IS par défaut.
  • De nombreuses SCP se transforment en SEL en 2026 pour limiter le risque patrimonial des associés, comme en attestent plusieurs arrêtés ministériels publiés sur Legifrance entre janvier et mai 2026.

Définition et cadre légal de la société civile professionnelle

Définie par la loi n° 66-879 du 29 novembre 1966, complétée par des décrets propres à chaque profession, la SCP a pour objet l'exercice en commun d'une profession libérale réglementée. Avocats, notaires, commissaires de justice (anciennement huissiers), experts-comptables, médecins, vétérinaires, architectes : la liste est longue.

Sur le plan juridique, la SCP est une société civile au sens des articles 1845 et suivants du Code civil. Pas d'actes de commerce à titre habituel : c'est une limite structurelle, pas un détail. Son patrimoine est distinct de celui des associés, mais ces derniers restent indéfiniment responsables des dettes sociales, à proportion de leurs droits dans le capital.

La personnalité morale naît à l'immatriculation, au RCS ou au RNE selon la profession. Et tous les associés doivent exercer effectivement la profession concernée : impossible d'intégrer un associé purement financier qui resterait en dehors de l'activité.

Depuis 2026, de nombreux arrêtés ministériels publiés sur Legifrance continuent d'organiser la création ou la transformation de SCP d'officiers publics ou ministériels : ce qui témoigne d'une utilisation bien réelle de ce statut dans les professions réglementées (voir notamment l'arrêté du 26 mai 2026, JORFTEXT000054152745).

Professions concernées et exemples de SCP

La SCP n'est pas ouverte à toutes les professions libérales : un décret propre à chaque corps fixe les conditions. Voici les principales professions concernées :

Notre dossier devenir partie civile : procédure,... approfondit cette question.

  • Avocats : SCP d'avocats régie par le décret n° 92-680 du 20 juillet 1992, très répandue au barreau.
  • Notaires : SCP de notaires (décret n° 67-868 du 2 octobre 1967), structure historiquement dominante dans le notariat.
  • Commissaires de justice : anciennement huissiers et commissaires-priseurs, fusionnés depuis la réforme de 2022.
  • Experts-comptables : accès à la SCP depuis le décret n° 69-810 du 12 août 1969.
  • Vétérinaires : SCP de vétérinaires régie par le décret n° 96-246 du 25 mars 1996.
  • Médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes : chaque profession de santé dispose de son propre décret.
  • Mandataires judiciaires : une SCP de mandataires judiciaires était partie au litige tranché par la chambre commerciale de la Cour de cassation le 14 janvier 2026 (n° 24-16535 et 24-16609).

Prenons un cas concret : trois notaires constituent une SCP. Chacun exerce personnellement, reste soumis à sa déontologie, perçoit ses honoraires. La répartition des bénéfices ? Elle se fixe librement dans les statuts, sans obligation de coller à la proportion des apports. C'est précisément là que la SCP diffère d'une société de droit commun.

La répartition des honoraires entre associés d'une SCP soulève parfois des questions techniques : comprendre la définition juridique des honoraires et les règles applicables permet d'anticiper les points de friction avant la rédaction des statuts.

Fonctionnement : parts sociales, gérance et répartition des bénéfices

Le capital de la SCP est divisé en parts sociales, dont la valeur et la répartition sont définies par les statuts. Entre associés, la cession est libre. Vers un tiers, elle est soumise à l'agrément des autres membres, et l'acquéreur doit remplir les conditions professionnelles requises : même profession, pas d'incompatibilité.

La gérance appartient obligatoirement à un ou plusieurs associés. Pas d'extérieur possible : seuls les membres de la société peuvent être gérants. Les statuts déterminent librement leurs pouvoirs, leur mode de désignation et leur rémunération.

Sur la répartition des bénéfices, la SCP offre une liberté que d'autres structures n'ont pas. Les statuts peuvent prévoir une répartition inégalitaire, totalement déconnectée des apports en capital. Un associé qui apporte beaucoup de clientèle peut ainsi être mieux rémunéré qu'un autre ayant investi davantage financièrement. La jurisprudence reconnaît explicitement cette liberté, et village-justice.com la cite comme une caractéristique distinctive de la SCP.

Fiscalement, les bénéfices sont imposés directement chez chaque associé à l'impôt sur le revenu (BNC), selon sa quote-part. Par défaut, la SCP n'est pas soumise à l'IS. Mais depuis la loi de finances 2019, une option expresse et irrévocable pour l'IS est possible : à peser soigneusement avant de l'exercer.

Responsabilité des associés et protection du patrimoine

Responsabilité indéfinie et conjointe sur les dettes sociales : c'est la règle, et elle s'applique sans plafond. Chaque associé peut être poursuivi sur ses biens personnels si la SCP ne peut pas faire face à ses obligations. Ce n'est pas une hypothèse théorique.

La Cour de cassation, troisième chambre civile, dans un arrêt du 12 mars 2026 (n° 23-12251), en a fourni une illustration concrète : un associé et la SCP Clément-Djian ont été condamnés conjointement à verser 31 800 euros de dommages-intérêts à un client. La solidarité de fait entre l'associé et la structure est bien réelle.

Cela dit, le patrimoine de la SCP reste distinct de celui des associés pour ses propres engagements. Les créanciers doivent d'abord poursuivre la société avant de se retourner contre les associés. Cette subsidiarité tempère le risque : sans l'effacer.

En cas de contentieux entre un client et la SCP, la procédure judiciaire peut aller jusqu'à l'audience, où la plaidoirie joue un rôle central pour défendre les intérêts de chaque associé mis en cause.

C'est d'ailleurs l'une des raisons principales du mouvement de transformation de SCP en SEL observé en 2026 : la société d'exercice libéral (SEL) limite la responsabilité aux apports. Un arrêté du 22 janvier 2026 relatif à la transformation d'une SCP en SELAS (JORFTEXT000053407840) illustre bien cette tendance de fond.

Avantages et inconvénients de la SCP

Avantages de la SCP :

  • Transparence fiscale : chaque associé est imposé directement sur sa quote-part de bénéfices (BNC), sans passer par la case IS puis dividendes.
  • Liberté de répartition : rémunérations et droits dans les bénéfices se fixent par les statuts, indépendamment des apports en capital.
  • Mutualisation des moyens : locaux, personnel, matériel, clientèle sont mis en commun : les charges fixes de chaque associé s'en trouvent allégées.
  • Continuité de la structure : le départ ou le décès d'un associé ne met pas fin à la SCP, contrairement à l'exercice individuel.
  • Souplesse statutaire : les associés disposent d'un large pouvoir pour aménager les règles internes.

Inconvénients de la SCP :

  • Responsabilité illimitée : pas de plafond, les biens personnels de chaque associé sont exposés aux dettes sociales.
  • Conditions d'entrée strictes : tout nouvel associé doit exercer la même profession et obtenir l'agrément des membres en place.
  • Rigidité des cessions de parts : la cession à un tiers est encadrée et soumise à agrément, ce qui limite la liquidité des parts.
  • Conflits internes : la jurisprudence récente le rappelle : la chambre commerciale de la Cour de cassation, le 29 janvier 2026, a condamné la SCP Bauer-Violas à 3 000 euros dans un litige opposant la société à un client.
  • Obligation d'exercice effectif : un associé qui cesse d'exercer ne peut pas se maintenir indéfiniment dans la structure.

SCP et SEL : quelles différences choisir ?

Créée par la loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990, la société d'exercice libéral (SEL) permet, comme la SCP, l'exercice en commun d'une profession libérale réglementée. Mais leurs différences sont structurelles, pas cosmétiques.

Sur la responsabilité : SELARL, SELAS, SELAFA, SELCA : toutes les formes de SEL limitent la responsabilité des associés à leurs apports pour les dettes sociales. La SCP, elle, engage le patrimoine personnel sans limite. Pour les professions exposées à des risques élevés (avocats d'affaires, notaires très actifs en immobilier), ce critère est souvent décisif en faveur de la SEL.

Pour analyser l'impact de ce choix structurel sur votre situation personnelle, savoir comment choisir un avocat spécialisé en droit des sociétés libérales est une première étape décisive.

Sur la fiscalité : la SEL est soumise par défaut à l'IS, ce qui peut avantager les associés souhaitant laisser des bénéfices dans la structure plutôt que de les distribuer immédiatement. La SCP est transparente fiscalement (IR par défaut), plus adaptée à ceux qui souhaitent percevoir régulièrement leurs revenus.

Sur la gouvernance : la SEL peut, dans certaines limites légales, accueillir des associés non-professionnels, ouvrant la porte à des investisseurs financiers. La SCP exclut toute exception : seuls les professionnels en exercice peuvent être associés.

Plusieurs arrêtés de 2026 publiés sur Legifrance (transformations en SELAS : 22 janvier et 13 mai 2026) témoignent de cette migration vers des structures à responsabilité limitée, particulièrement dans les professions d'officiers publics ou ministériels.

Les droits et obligations réciproques entre les associés d'une SCP et leur structure s'apparentent, sur certains points, aux règles qui encadrent la relation entre mandant et mandataire, notamment pour la gestion des actes accomplis au nom de la société.

Constituer une SCP : étapes, capital et formalités

La constitution d'une SCP obéit à un processus précis, encadré par la loi de 1966 et les décrets propres à chaque profession. Les principales étapes :

  • Rédaction des statuts : acte notarié ou sous seing privé selon la profession. Les statuts doivent préciser l'objet social, le capital, la répartition des parts, les règles de gérance et de répartition des bénéfices.
  • Capital social : aucun minimum légal général n'est fixé par la loi de 1966. Certains décrets professionnels imposent un montant minimum, variable selon la profession.
  • Agrément de l'ordre professionnel : la plupart des professions réglementées exigent l'approbation de l'ordre ou de l'autorité compétente avant toute immatriculation (Conseil de l'Ordre des avocats, Chambre des notaires, etc.).
  • Immatriculation : dépôt du dossier au guichet unique (RNE) ou au greffe du tribunal de commerce selon la profession. La personnalité morale naît à cette date.
  • Publication d'un avis de constitution : dans un journal d'annonces légales du département du siège social.
  • Arrêté ministériel : pour les officiers publics ou ministériels, un arrêté du ministre de la Justice est requis : les nombreux arrêtés publiés sur Legifrance en 2026 en témoignent.

Compter entre 1 et 3 mois une fois les statuts rédigés, pour une SCP d'avocats ou de notaires. Les délais varient surtout selon l'obtention des agréments ordinaux.

Si les honoraires liés à la constitution de votre SCP vous semblent élevés, vérifiez si vous pouvez bénéficier de l'aide juridictionnelle selon les conditions et plafonds en vigueur.

Fiche pratique

Texte de référenceLoi n° 66-879 du 29 novembre 1966 sur les sociétés civiles professionnelles
Code applicableArt. 1845 et s. du Code civil (régime général des sociétés civiles)
Capital social minimumAucun minimum légal général (vérifier le décret propre à chaque profession)
Responsabilité des associésIndéfinie et conjointe sur les dettes sociales (proportionnelle aux droits dans le capital)
Régime fiscal par défautImpôt sur le revenu (IR) : BNC pour chaque associé
Option ISPossible par option expresse et irrévocable (depuis loi de finances 2019)
Délai de constitutionEntre 1 et 3 mois selon la profession et l'agrément ordinal
ImmatriculationGuichet unique (RNE) ou greffe du tribunal de commerce selon la profession
Agrément obligatoireOrdre professionnel compétent + arrêté ministériel pour officiers publics ou ministériels
Arrêtés récents (2026)9 janv., 29 janv., 26 févr., 31 mars, 21 avr., 13 mai, 26 mai 2026 (Legifrance)
Juridiction compétenteTribunal judiciaire (contentieux civil entre associés ou avec clients)
Source officiellelegifrance.gouv.fr : service-public.fr

Sources

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Consultez un avocat ou un professionnel du droit pour toute situation concrète.

Questions pratiques

C'est quoi une société civile professionnelle ?

La SCP est une société civile permettant à plusieurs membres d'une même profession libérale réglementée d'exercer en commun. Elle est régie par la loi n° 66-879 du 29 novembre 1966. Deux points essentiels : les associés sont indéfiniment responsables des dettes sociales sur leur patrimoine personnel, et tous doivent exercer effectivement la profession pour laquelle la société est constituée : pas d'associé purement financier.

Quels sont des exemples de société civile professionnelle ?

Les SCP les plus courantes regroupent des avocats, des notaires, des commissaires de justice, des experts-comptables, des vétérinaires, des médecins ou des mandataires judiciaires. Exemple concret : une SCP de notaires réunit plusieurs notaires sous une même structure, avec une clientèle commune et des bénéfices répartis librement selon les statuts : sans obligation de proportionnalité avec les apports.

Quelle est la différence entre une SEL et une SCP ?

Deux différences majeures. D'abord, la responsabilité : la SEL (loi du 31 décembre 1990) la limite aux apports, la SCP l'étend sans plafond au patrimoine personnel de chaque associé. Ensuite, la fiscalité : la SEL est soumise par défaut à l'IS, la SCP est transparente fiscalement (imposition à l'IR). Enfin, la SEL peut accueillir des associés non-professionnels dans certaines limites ; la SCP, jamais.

Comment sont répartis les bénéfices dans une SCP ?

Les statuts fixent librement la répartition des bénéfices entre associés, sans obligation de proportionnalité avec les apports en capital. Cette liberté permet de tenir compte de l'apport de clientèle, de la charge de travail ou de l'ancienneté. Les bénéfices ainsi répartis sont imposés à l'impôt sur le revenu (BNC) chez chaque associé.

Peut-on transformer une SCP en SEL ?

Oui, c'est possible et encadré par la loi. Pour les officiers publics ou ministériels, la transformation nécessite un arrêté ministériel. Plusieurs arrêtés publiés sur Legifrance en 2026 (notamment les 22 janvier et 13 mai 2026) témoignent de cette pratique, motivée principalement par le souhait de limiter la responsabilité personnelle des associés.